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Un défilé qui démarre au carrefour Renaissance-Libération vers 10 h 30 et qui ne verra sa fin qu’une heure après au pied de la mairie, après une marche sur les deux voies de la rue de la République... L’estimation des manifestants était incontestablement près du chiffre des 12 000 personnes.
De mémoire de manifestants, le défilé du 4 octobre 2005 marquera les annales. On sentait que l’appel lancé par un front unitaire syndical pouvait mobiliser. La France a suivi mais comme en mars dernier. À Saint-Nazaire, l’appel a fait mieux : plus de 12 000 personnes sont venues manifester leur crainte face à l’avenir, face à un gouvernement « qui prend des mesures en catmini, l’été, par ordonnances ». Au printemps dernier, ils n’étaient « que » 8 000 personnes. Ces chiffres vertigineux pour une agglomération qui comptabilise 50 000 actifs, n’ont été égalés qu’en 2002 pour faire barrage à Jean-Marie Le Pen et pour les retraites où les 15 000 personnes avaient été atteintes.
Une particularité nazairienne
Hier, l’inquiétude perçait indéniablement à tous les niveaux le long du cortège. Et pour une fois, les syndicats et fonctionnaires ne représentaient pas le gros des troupes. La donne du secteur privé, l’aléa variable au coeur de la cité portuaire, a fait la différence. Presque de manière inquiétante. Le chômage à beau annoncer qu’il descend, il reste toujours à deux chiffres au bord de l’estuaire. Hier, ils étaient tous là. Toutes les petites entreprises menacées ou inquiétées comme Thermo-électron, Tipiak et RFS France mais aussi les usines délocalisées avec Celestica à Guérande. Ne manquait que BMS à l’appel. Phénomène nouveau, la grande distribution affichait également ses représentants avec Castorama ou Leroy-Merlin. Sans parler, bien évidemment d’Airbus, des Chantiers de l’Atlantique, et d’ouvriers polonais qui avaient tenu à porter une banderole « Non à la concurrence sociale », revendiquant, par là, le même statut pour chaque ouvrier, français ou non !
Si la mobilisation s’est faite presque silencieusement, les lycéens ont su apporter l’élan de leur jeunesse dans le rassemblement. Très remontés face à la menace d’expulsion d’une de leur camarade camerounaise, Rose, ils sont venus plus d’une centaine le dire aux sons de leurs djembé.
Élus socialistes et communistes, militants de chaque syndicat et tout le service public, entre les transports, la santé, l’éducation ou les territoriaux, ont accompagné très largement le mouvement qui a dépassé beaucoup de monde hier matin. Même si on connaît la tradition syndicale de la région, la mobilisation nazairienne interroge. La peur de l’avenir est dans tous les esprits.
Élisabeth BUREAU. |