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Actualité Revue de presse



Le modèle ultralibéral américain
Inégalités et incompétence

10 septembre 2005


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Le monde, incrédule, regarde “la première puissance mondiale” prendre l’eau de toutes parts et appeler “au secours”. Plus d’une semaine après le passage du cyclone Katrina, les populations de Louisiane, du Mississipi et d’Alabama continuent de vivre dans le chaos.


L’Amérique apparaît sous son vrai visage, puissante et brutale, riche et inégalitaire, arrogante et humiliante, d’une insondable injustice avec ses populations les plus pauvres, toujours plus nombreuses, un peu plus de quarante millions d’après les derniers recensements.

Dans sa folie destructrice - mais prévisible - Katrina n’a rien fait d’autre que de rappeler une évidence : une catastrophe naturelle fonctionne toujours comme un révélateur souvent cruel de la société qu’elle frappe. Et pour le coup, ce qui remonte à la surface comme autant de cadavres laissés au pourrissement et à l’écume, c’est l’apparence bien réelle d’un pays capable du pire. Que certains Américains se disent “ consternés ” par la fragilité de leur puissance et par cette nouvelle démonstration de leur vulnérabilité est une chose. Que d’autres continuent même de crier “ ce n’est pas l’Amérique, non, ce n’est pas possible, ce n’est pas l’Amérique ”, est peut-être pathétique. Mais ne soyons pas naïfs. Avec cette catastrophe sanitaire, humanitaire et politique, nous n’apprenons rien que nous ne sachions déjà des misères endurées par ce pays-là.

Les images des réfugiés errant avec leur baluchon, celle des morts en décomposition et que personne ne ramasse, celles des pillages et des guerres de gangs, celles de ces femmes et de ces hommes réclamant de l’eau et du pain, celles des autorités totalement débordées, celles des agents des “ services publics ” dépourvus de moyens ont bien sûr choqué. Mais elles ne nous surprennent pas ! Qui sont les victimes ? Les riches, les puissants ? Non, ce sont des noirs et des pauvres. La Nouvelle-Orléans qui patauge en plein désastre, par exemple, est une ville noire à 67%. Et, à 30%, elle vit sous le seuil de pauvreté. Est-ce un hasard si cette cité mythique, tant célébrée en France et ailleurs, exalta jadis une certaine idée de la “ vie du Sud ” et des musiques nées des combats pour s’émanciper des règles ségrégationnistes ? Évidemment pas. Avec l’émotion requise et habituelle des grands moments de doutes propres à leur histoire, les Américains feignent aujourd’hui de découvrir la misère sociale de quelque 100 000 laissés pour compte. Mais qui se souvient qu’ils sont tous des descendants d’esclaves et qu’ils vivent en Louisiane et au Mississipi, deux des États les plus pauvres et les plus abandonnés du pays ? Pas un hasard.

D’ailleurs l’ampleur du drame n’a aucune autre origine que l’absence de moyens et de préventions, leurs crédits ayant été en grande partie asséchés pour être réaffectés à la lutte “ antiterroriste ”, à la sécurité et à l’armée. En raison de leur mauvais entretien consécutif à ces restrictions des dépenses publiques, notamment fédérales, les digues ont lâché, malgré les avertissements répétés de techniciens qui s’attendaient au pire.

L’hyperpuissance bushienne, du haut de son potentiel économique et militaire s’avère incapable de faire face à une catastrophe intérieure. Et Bush plus que tout autre est l’incarnation des errements politiques et géopolitiques, l’incarnation de l’insulte faite à Kyoto aux générations futures, l’incarnation des décisions expansionnistes qui engloutissent des centaines de millions de dollars pour guerroyer à l’autre bout du monde. Que Bush le veuille ou non, ces morts sont un peu les siens et ils ont l’odeur de son administration. Qu’ils reviennent dans des linceuls d’Irak. Ou qu’ils flottent honteusement sur les eaux souillées du sud de son pays

 



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