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Le discours de rentrée sociale de Sarkozy a constitué une véritable déclaration de guerre au monde du travail. “ La réforme par petits bouts est vouée à l’échec ”, a-t-il prévenu d’emblée, dressant tout au long de son discours un réquisitoire contre les droits sociaux et annonçant qu’il entendait mettre en place un “ contrat social nouveau profondément différent ”.
En vérité, son discours aura vite fait comprendre que les mots “ réforme ” ou “ contrat ” sont eux-mêmes totalement incongrus dans un projet qui consiste en un alignement généralisé des conditions du salariat et des règles de financement de la protection sociale sur les exigences patronales.
Plutôt que de parler de fusion ANPE-UNEDIC, lui qui prétendait parler clair et franc aurait pu tout aussi bien annoncer d’entrée de jeu la fusion MEDEF-Elysée. Il a enfourché un à un et sans aucun discernement tous les diagnostics patronaux, même les plus caricaturaux et une à une toutes les revendications du gratin de la finance présidé par Laurence Parisot.
Les 25 heures et le partage du travail ont été désignés comme les causes du chômage. Le coût du travail et les protections du droit social comme celles de la crise de l’emploi et des délocalisations. La fraude aux prestations sociales comme celle des déficits sociaux.
L’irresponsabilité des médecins et des patients comme celle du trou de la Sécu... et tout à l’avenant. Pas un seul des poncifs de la pensée ultralibérale ne nous a été épargné.
Dès lors, le président a déroulé un chapelet de mesures toutes plus inquiétantes et plus scandaleuses les unes que les autres :
redoublement dans la mise en cause des 35 heures ;
suppression des dispenses de recherche d’emploi pour les salariés poussés vers les préretraites ;
recul de l’âge de départ en retraite ;
nouvelles attaques contre le coût du travail ;
mise en cause de toutes les garanties attachées au contrat de travail, qualifié pour le discréditer de “ ligne Maginot juridique ” (là tout y passe, ruptures “ négociées ”, procédures de licenciement simplifiées, période d’essai, protections juridiques, assouplissements des frontières CDI-CDD...) ;
raccourcissement de la durée des indemnisations chômage ;
sanctions contre les chômeurs ;
franchises médicales ; suppression dès 2007 des régimes spéciaux et nouvelles attaques sur le reste des retraites pour 2008...
Tout au long de ce discours, Sarkozy a absous le patronat de toute responsabilité. Profits, gâchis financiers, souffrance au travail, licenciements boursiers, course à la concurrence... Aucun de ces mots n’a été prononcé.
À l’inverse, les syndicats ont été méprisés. Les formules de fier-à-bras ont été multipliées. Fustigeant “ le dialogue social qui ne doit pas servir d’alibi à l’immobilisme ”, le président n’a eu de cesse d’affirmer que les mesures annoncées seraient de toute façon mises en œuvre, quel que soit le résultat d’éventuelles négociations, annonçant même sur plusieurs dossiers chauds des délais de consultation d’à peine quinze jours.
Sarkozy a usé et abusé de manière indigne de l’arme de la division entre salariés : opposant préretraités et chômeurs ; bas salaires et minima sociaux ; petites retraites et régimes spéciaux. Sur les petites retraites, il s’est même livré à un odieux chantage, repoussant l’application de sa promesse électorale de revalorisation à 2008 en la soumettant à l’aboutissement d’une renégociation plus globale du système.
Ce discours présidentiel est doublement alarmant par ses conséquences sociales et par sa cécité profonde devant les causes de la crise actuelle. Son application ne peut produire que de nouvelles catastrophes.
Il appelle riposte et mobilisation. Et aussi beaucoup d’explications, car n’oublions pas que l’homme qui passe aujourd’hui à l’offensive a su tromper des millions de salariés au printemps. Il convient plus que jamais de faire la clarté sur la nature de son projet |