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Au terme de ces deux rendez-vous qu’on annonçait importants, quel est l’état d’esprit des communistes ?
Marie-George Buffet. La réunion de notre Conseil national a confirmé nos orientations de congrès, donc l’engagement des communistes dans une bataille qui permette à la gauche de battre la droite dès 2007, d’être majoritaire, mais pour être porteuse d’une politique qui change vraiment la vie des gens, qui se donne les moyens financiers, démocratiques d’une autre politique, les moyens de desserrer l’étau libéral européen. Cette démarche de contenus s’accompagne d’une volonté de rassemblement très large à partir de ces contenus.
J’ai pu constater que cette ambition rejoint celle qui s’est exprimée lors de la réunion des collectifs où les propositions qui visaient à réduire le champ du rassemblement possible se sont heurtées au refus des participants, qui ont dit clairement : « Notre ambition est de donner la majorité à une politique de transformation sociale. » Entre la réunion du Conseil national et celle des collectifs, j’ai ressenti une volonté partagée. Alors, maintenant, dans l’une comme dans l’autre de ces réunions, il y a bien sûr encore des débats sur la traduction politique de cette démarche de rassemblement, sur son ambition programmatique en termes de candidatures, surtout dans le cadre du piège institutionnel qu’est la présidentielle.
À ce propos, l’argument est venu qu’une candidature issue d’un parti serait un obstacle ?
Marie-George Buffet. Je trouve que c’est une position de désunion. Depuis maintenant plus de deux ans, nous agissons ensemble pour le « non » au référendum, contre le CPE, pour ouvrir une issue de changement. Nous sommes des citoyennes, des citoyens, engagés dans la vie associative, sociale, syndicale, politique. Nous avons justement su créer quelque chose de neuf, parler à égalité. Le Parti communiste a pris toute sa place. Pleinement investi dans la dynamique unitaire, il a naturellement signé l’appel au rassemblement antilibéral. Les communistes ont joué tout leur rôle pour préciser l’ambition de ce rassemblement, ne pas la laisser se réduire à une candidature de témoignage, car ce qui peut vraiment motiver les foules, ce n’est pas de répéter qu’on ne participera pas à un gouvernement social libéral, ça oui nous sommes d’accord, mais c’est de dire que nous visons la majorité sur une politique qui se donne vraiment les moyens du changement et porte une nouvelle conception du pouvoir.
De même, les communistes ont contribué à enrichir la charte antilibérale avec des propositions précises, grâce au travail mené dans notre congrès, avec nos militants, avec nos élus. Qu’on ne nous demande donc pas de prouver un engagement dont nos actes ont largement témoigné tout au long de la campagne référendaire et dans la construction de ce rassemblement. Je crois que non seulement le Parti communiste n’est pas un obstacle, mais c’est un atout qui contribue concrètement à ce que ce rassemblement ait une ossature. Faire comme si les communistes sont des fantassins, à qui on demanderait de s’effacer quand il s’agit de décider des candidatures, ce serait amputer le rassemblement, et quelque part dire « no futur » pour ce rassemblement.
Donc, vous comptez continuer à tenir toute votre place dans cette construction ?
Marie-George Buffet. Oui, nous voulons aller jusqu’au bout, c’est le message du Conseil national. Nous savons que notre responsabilité est historique. Pour que la droite ne gouverne pas encore pendant cinq ans, surtout dominée par un président atlantiste, ultralibéral, diviseur de notre peuple. Et pour que la gauche, en ne décevant pas de nouveau, en réussissant le changement, installe pour longtemps la droite dans l’opposition. Nous voulons nous engager et compter pour ce que nous sommes, pour ce que nous apportons, dans ce rassemblement. En ce sens, et cela n’a rien à voir avec un esprit de boutique partisan, la proposition faite à notre congrès que le candidat du rassemblement soit issu de notre parti reste valable.
J’ai dit ma disponibilité et j’ai précisé dans quel esprit, avec un collectif de porte-parole à égalité, et en me consacrant exclusivement à cette tâche. Si on se dit qu’il s’agit de porter ce combat le plus loin possible, en faisant vraiment bouger la gauche, avec une ambition réellement majoritaire de transformation, pas pour faire 2 %, alors je peux vous dire que je veux en être, que le Parti, les communistes veulent en être pleinement, avec beaucoup d’envie et d’ambition.
Entretien réalisé par P. L. |